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Et il dit : Heureux !

Lecture des Béatitudes selon saint Matthieu

Albert Rouet

Les béatitudes, certes, peuvent être considérées comme « l’essentiel de la vie chrétienne » (p. 9). Il n’empêche qu’il faut un certain courage pour entreprendre de les commenter, alors que tant d’études leur ont déjà été consacrées et que l’auteur lui-même, archevêque émérite de Poitiers, les a longuement expliquées lors d’homélies remarquées et aussitôt publiées (Le Christ des béatitudes, Saint-Paul, 1997). Bel exemple donc de renouvellement dans l’Esprit que cette « lecture » opérée dans une nouvelle perspective. Il s’agit ici, pour saisir la nouveauté des paroles du Christ, de s’intéresser d’abord aux destinataires du texte, aux croyants pour qui il a été rédigé : au peuple à qui Jésus s’adressait et à la communauté pour laquelle Matthieu écrivait.

Cela nous vaut une étude serrée de la place inaugurale des béatitudes en Mt, puis une analyse de chacune d’elles accordant une grande importance au contexte géographique, économique, socio-politique et religieux, sans négliger de recourir à l’étymologie grecque des termes utilisés et à leur soubassement hébraïque, ni d’évoquer leurs préfigurations ou résonances dans les textes de la Première Alliance. Au passage, avec l’acribie qu’on lui connaît, l’A. formule des questions faussement naïves que notre accoutumance au texte nous empêche de nous poser : pourquoi les foules suivent-elles Jésus ? d’où sortent les premiers disciples ? pourquoi passer des rives du lac à la « montagne » ? Les expressions propres à Mt – les pauvres « en esprit », les affamés « de justice », la pureté « de cœur » – sont particulièrement interrogées et donnent lieu à des formules aussi saisissantes que profondes : « Le pauvre en esprit est celui qui fait vivre l’autre » (p. 69) ; « Avec la croix, le royaume de la douceur de Dieu est remis entre les mains des hommes » (p. 88) ; « La pureté passe par le don de soi » (p. 157)…

La nouveauté toujours récurrente des béatitudes se résume finalement en une formulation paradoxale : « Les auditeurs du Sermon sur la montagne s’attendaient à recevoir et Jésus leur apprend à donner » (p. 209) ; bien plus, elles sont théologiques en ce qu’elles révèlent le Père à partir de ce que reçoivent les disciples qui écoutent la Parole et la mettent en pratique.

On se trouve donc là devant un ouvrage original : qui n’est pas proprement exégétique, mais ne néglige pas les apports des sciences bibliques ; dont la visée n’est pas d’abord pastorale, mais qui permet de mieux comprendre ce texte si connu et d’essayer d’en vivre ; qui reflète le point de vue de son auteur, mais, dans sa singularité, atteint l’universel. L’œuvre d’un homme qui, avec intelligence et sans mièvrerie, affirme ce qu’il croit et entraîne dans une stimulante remise en cause de nos évidences et de nos projections.

Collection Forum

Salvator, Paris, janvier 2024

252 pages · 21,00 EUR

Dimensions : 14 x 21 cm

ISBN : 9782706726095

9782706726095

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