Dans la ligne de l’ouvrage similaire recensé dans la chronique sur la vie consacrée du numéro d’avril 2023 [1], cette thèse en droit canonique, présentée à l’Université de Strasbourg, publie une impressionnante étude qui se centre sur une Église particulière, celle d’Irak, mais ses recommandations finales valent cependant, dit l’illustre préfacier, « pour toutes les Églises particulières, pour l’Église tout entière, et pour le droit canonique lui-même – ici le droit oriental promulgué dans le Code des canons des Églises orientales, promulgué en 1990 ». On y fera la connaissance de la vie consacrée féminine selon le droit canonique et dans la société irakienne (Première partie), en particulier pour ce qui regarde la séparation temporaire (absence légitime, exclaustration) ou définitive (départ volontaire, renvoi) des membres de leurs instituts religieux. Dans une Deuxième partie, on traversera les résultats d’une enquête, menée auprès d’anciennes religieuses de cinq congrégations différentes (25 réponses sur 65 envois du questionnaire), pour évaluer le degré de transparence et la qualité de l’autorité au sein des congrégations féminines, dans ce même contexte irakien contemporain : enjeux juridiques, défauts actuels de la vie communautaire, guerre des rites dans les communautés, gestion inégalitaires des biens, vocations forcées. C’est au chapitre III de cette Deuxième partie que sont proposées des lignes d’action pour « une meilleure gestion des vocations dans un Irak en voie d’apaisement ». On ne s’étonnera pas d’y voir figurer en bonne place un paragraphe intitulé « revoir le statut des religieuses et leur place dans l’Église », mais il s’agira aussi de faire face à la violence de la guerre, d’approfondir un dialogue œcuménique et interreligieux, et finalement, d’offrir « une éducation écologiste, communautaire et sociétaire ». À défaut, « l’étouffement des communautés religieuses » (p. 290) se poursuivra. Des normes canoniques sont à écrire (sur l’absence légitime) ou à revisiter (sur l’indult d’exclaustration, etc.), les conditions d’admission et de formation aussi ; mais surtout, c’est le statut de la femme chrétienne et de la femme religieuse qui sont en cause. Tant de réformes représentent « une tâche particulièrement aride dans un contexte social meurtri et en quête d’espérance », disent les derniers mots de l’ouvrage qui seront peut-être aussi pour nous une interpellation.
[1] Sœur Mary LEMBO, Religieuses abusées en Afrique. Faire la vérité. Une étude inédite, Paris, Salvator, 2022 (Vs Cs 2023-2, p. 63-64)
Collection Patrimoines
Éditions du Cerf, Paris, août 2022
334 pages · 28,00 EUR
Dimensions : 16 x 23 cm
ISBN : 9782204152945