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Irénée de Lyon, théologien de l’unité

Guillaume Bady Marie Chaieb

C’est un ouvrage remarquable que nous offrent les éditions Beauchesne avec ce volume de leur célèbre collection de Théologie Historique. G. Bady et M. Chaieb y rassemblent les contributions de deux colloques scientifiques consacrés à celui que le pape François a déclaré « Docteur de l’Unité », l’un ayant eu lieu à Rome en 2019 et l’autre à Lyon en 2020.

Disons tout d’abord un mot à propos de la composition du livre. L’introduction est immédiatement suivie d’une liste d’abréviations puis d’une bibliographie des éditions et études irénéennes citées, classées par ordre alphabétique. En fin de volume, on trouve quatre index fort utiles : index biblique, index des auteurs anciens, index des citations irénéennes et index thématique. Ceux-ci sont suivis d’une présentation de chaque article sous forme de sommaire en français et en anglais. Bref, les meilleures conditions sont rassemblées pour pouvoir faire l’usage le plus utile possible de ce recueil qui deviendra, à n’en pas douter, un must pour ceux qui voudront approfondir leur connaissance de la doctrine de l’évêque des Gaules.

Le thème de l’unité est abordé sous trois angles (ecclésiologique, théologique et anthropologique), qui forment ainsi les trois parties constitutives de ce volume : I. L’Église, cristallisation des problématiques d’unité, II. L’unité comme dynamique théologique, III. L’unité à l’épreuve de l’humanité. Il n’est pas possible, dans les limites d’une simple recension, de faire étalage de la richesse de ces multiples contributions. Disons simplement que l’amateur d’analyses lexicales y trouvera aussi bien son compte que l’historien (des doctrines notamment) ou le philologue, sans parler évidemment du théologien voire de l’exégète.

La cohérence de l’œuvre d’Irénée n’est plus à démontrer. Mais ce qui frappe peut-être davantage à la lecture de ces articles, c’est l’actualité de différents thèmes théologiques et ecclésiologiques. Ainsi, à l’heure où la synodalité est au cœur des préoccupations de l’Église de Rome, il est fort intéressant de lire la présentation de l’Église comme « “Caravane” de frères et de sœurs » par M. Dujarier. « À toute communauté monastique, mais d’abord et plus fondamentalement, à toute Église locale comme à l’Église universelle, le titre de “Caravane” convient parfaitement. À celui de “Fraternité” qui est le plus employé, il ajoute cependant une triple qualité, à savoir les trois aspects que comporte le mot français “caravane”. C’est une communauté en marche, qui est fidèle à suivre son guide, le Christ, et qui est sans cesse tendue vers le but qu’elle veut atteindre. C’est une communauté de membres d’égale dignité et responsables les uns des autres. C’est une communauté source de vie que nul ne saurait quitter sans périr » (p. 94). On lira avec le même intérêt, la présentation de l’Église comme lieu de l’unité et de ses représentations par M. Chaieb. On y trouve d’ailleurs des développements aux sous-titres évocateurs pour l’actualité de l’Église : Déterminisme vs processus ; Manipulation vs vocation etc. L’autrice conclut : « Irénée considère que l’Église a la mission d’être un lieu de dialogue et de rencontre de l’homme avec son Dieu et avec ses frères, un lieu de croissance. Elle ne peut donc se replier sur elle-même, mais sa vocation est de préparer l’humanité pour la pleine ressemblance et l’unité » (p. 114). Et il ne s’agit là que de deux exemples parmi d’autres.

De même, on trouvera chez Irénée des représentations ou amorces de réflexions suggestives en ce qui concerne certains points discutés dans la théologie contemporaine. À ce propos, il convient de souligner le long et brillant exposé de Ch. Guignard (p.389-434), qui aborde la question de la reprise d’Adam dans le Christ et d’Ève en Marie à l’aune de la théologie de la Récapitulation. Il y montre avec quelle prudence et finesse théologique Irénée aborde ce parallélisme en évitant le terme de Co-Récapitulatrice tout en incluant Marie dans l’édifice du Salut. Cette lecture irénéenne du rôle de Marie dans le dessein de Salut de Dieu, ne pourrait-elle pas éclairer celles et ceux qui réfléchissent et voudraient promouvoir sinon un nouveau dogme, du moins un titre de Co-Rédemptrice à la Vierge Marie ? (Le pape François s’est assez clairement positionné, à titre personnel, sur le sujet lors de son homélie du 19 décembre 2019 en la Basilique vaticane). Et la lecture de J. Behr d’un passage difficile sur le « Pur ouvrant le sein pur », qui aboutit à la conclusion que l’ecclésiologie est le lien qui unit anthropologie et christologie chez Irénée, montre à quel point les différentes disciplines théologiques gagnent à être articulées les unes avec les autres, ce qui cadre bien avec la perspective contemporaine de la supériorité du tout sur la partie.

On l’aura compris, ces articles sont bien plus qu’une œuvre de patrologues destinée aux patrologues. À l’instar de l’auteur que le volume étudie, ils offrent une vue ample, vivante et organique du Mystère de Dieu et de l’Église abordé sous le signe de l’Unité.

Collection Théologie historique, 132

Beauchesne, Paris, janvier 2023

552 pages · 49,00 EUR

Dimensions : 13,5 x 21,5 cm

ISBN : 9782701017334

9782701017334

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