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J’écouterai leur cri

Cinq regards de femmes sur la crise des abus

Geneviève Comeau Agata Zielinski Monique Baujard Joëlle Ferry Thérèse de Villette

Comme le faisait remarquer P. Goujon lors d’une soirée de présentation de l’ouvrage J’écouterai leur cri. Cinq regards de femmes sur la crise des abus, son titre n’a « rien d’évident » : un « cri », en effet, ne parle pas, il ne dit rien. On ne dialogue pas avec quelqu’un qui crie. On peut seulement accepter d’entendre – et, si possible, tâcher d’écouter. C’est ce que fait Dieu, c’est ce qu’il promet dans le livre de l’Exode, notamment (Ex 22,22). « Écouter le cri nous fait entrer dans ce que Dieu fait pour son Fils : le ressusciter », concluait le jésuite, avec gravité. L’ouvrage se situe effectivement là : à la croisée du cri qui monte des enfers et de l’espérance en Celui qui « écoute le cri » et donne de ressusciter.

Certains ont à crier. Certains ont à entendre. D’autres encore ont à traduire ce qu’ils entendent pour que le cri se transforme en parole qui fasse sens. C’est à cette tâche de « traduction » que se sont attelées les cinq femmes auteurs de ce livre : 4 religieuses xavières et une laïque. Femmes d’expérience humaine, spirituelle, intellectuelle, ecclésiale, qui s’attachent, chacune à sa manière, à décrypter le cri, à en ausculter les résonances et à en sonder la portée.

Un constat est globalement partagé par les auteures : nous n’avions pas les outils pour faire face à la crise qui frappe de plein fouet l’Église catholique. L’Église, qui ne se savait pas (ou ne voulait pas se savoir) fragile [1] (cf. Agata Zielinski), s’est trop longtemps contentée d’une pensée fondée dans sa « perfection » ou son impeccabilité, surtout quand il s’agissait de ses ministres (cf. Monique Baujard), lisant l’Écriture au prisme de la seule exemplarité, alors qu’elle met aussi en scène nos violences et nos compromissions avec le mal (cf. Joëlle Ferry) ; ou bien s’habituant à considérer davantage le « pécheur » que la victime du mal causé, le mal commis que le mal subi (cf. Geneviève Comeau). Or, écouter le cri, c’est sortir du silence mortifère et complice, et ouvrir un chemin pour tous, victimes et agresseurs, permettant aux premières de devenir « témoins » – pour reprendre le très beau titre du recueil de la Ciase – et, via la justice restaurative, aux seconds « de constater qu’ils ne sont pas irrécupérables » (Thérèse de Villette, p. 47).

Bref, « ce livre nous tourne vers l’espérance », annonce Christine Danel dans la Préface (p. 20). Des chemins se dessinent, pourvu que l’on mobilise les « ressources de l’amitié », là où l’on croyait ne rencontrer que des impasses : n’est-ce pas ce dont nous, croyants, personnes consacrées, avons un besoin vital en cet hiver ecclésial ?

[1Or « l’Église a tout à gagner à se reconnaître elle-même fragile. Et à apprendre de ceux qu’elle a fragilisés quelles capacités mettre en œuvre pour restaurer une humanité mise à mal » (A. Zielinski, p. 126).

Éditions Emmanuel, Paris, octobre 2022

172 pages · 18,00 EUR

Dimensions : 14,5 x 19,5 cm

ISBN : 9782384330355

9782384330355

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