Éclairer et accompagner des engagements toujours plus évangéliques
dans toutes les formes de la vie consacrée

La vie religieuse : un art du silence et de la parole

Jean-Paul Lamy Étienne Grieu Sylvie Robert

Partant d’une approche psychanalytique du langage (A. Lannegrace, psychologue laïque), la réflexion qui a nourri la session du Centre Sèvres l’année dernière s’est laissé éclairer par l’Écriture (Chr. Pichon, laïc bibliste), avant d’approfondir, comme le note Sylvie Robert, s.a., dès l’introduction, « l’expérience spirituelle où silence et parole apprennent à s’accorder » (Ph. Charru, s.j.), pour terminer par une reprise théologique qui envisage sous ce prisme la vie religieuse (G. Jedrzejczak, o.c.s.o.). Plusieurs témoignages illustrent ensuite cet art : dans la mission carcérale (M.‑Y. Midy, fille de la Charité), dans la vie monastique (M.-Céline, o.c.d.), dans une communauté multiculturelle (E. Sogblou, Chemin Neuf) et dans la pratique de l’obéissance (D.-M. d’Hamonville, o.s.b.). On comprend mieux, grâce à la première contribution, que le langage (paroles et silences) est déterminant dans notre vie intérieure et nos relations, comment il se fait opportunément le véhicule des entretiens d’accompagnement psychologique, mais aussi, qu’il n’a pas le même statut dans les petits groupes et chez les jeunes. La Bible nous apprend, dit la seconde étude, que Dieu parle, au contraire des idoles, et que manquer de pain et manquer de Parole vont de pair ; et puis, Jésus révèle, même quand il se tait sur la croix, la manière de parler de Dieu et sa manière d’écouter. Au regard de la croissance spirituelle dont traite la troisième intervention, le rapport entre silence et parole connaît un changement notable, entre la première et la seconde conversion (« du silence recherché au silence reçu ») ; en fait, parole et silence sont réciproquement impliqués, comme on le voit dans les paraboles de Jésus qui requièrent toujours le temps ; des attitudes s’ensuivent, du côté des accompagnateurs.

La contribution théologique finale part de l’expérience de la vocation et des nouvelles approches de la vie religieuse (comme crise, comme écart, comme herméneutique) pour s’interroger sur le genre de formation qui pourrait nous aider à revenir à la paix intérieure et sur la manière de l’accompagner. Parmi les outils de la genèse de notre identité véritable, le cistercien pointe les vœux, avant l’écoute de la Parole ou l’expérience de la communion, puis de la mission : « Antoine abandonnera ses biens. Augustin choisira la chasteté. Benoît proposera le chemin de l’obéissance comme chemin de libération de la liberté » (p. 95) ; dans tous les cas, il s’agit d’une dimension relationnelle. C’est ce que montrent aussi, à leur manière, les témoignages qu’on a dits. Oui, la vie religieuse peut être entendue aujourd’hui « comme art du silence et de la parole » (p. 4, introduction), toujours con­jugués.

Collection Cahiers de la vie religieuse, 205

Médiasèvres, Paris, juin 2022

148 pages · 15,00 EUR

Dimensions : 17 x 21 cm

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