Les huit documents produits par les Groupes de Travail et la Commission théologique de la Corref suite à la Ciase s’engagent résolument dans l’œuvre de vérité et de justice qu’impose le dévoilement du « continent de ténèbres » découvert récemment dans notre Église et nos communautés : « à crimes systémiques, réponses systémiques », poursuit Véronique Margron dans sa préface. La composition de chacun des cinq groupes, avec le nom de leur pilote, précède leurs analyses et recommandations. Énumérons leurs titres : « Face aux abus, faiblesses et ressources de nos traditions de vie religieuse » (P. C. Goujon) ; « Bon arbre, bons fruits » (très ample et remarquable, sur une interprétation biblique insoutenable ; Anne Lécu) ; « Gouvernance dans les congrégations », avec deux annexes (A. Mestre/F. Mounier) ; « Discernement initial/vocationnel et formation », avec trois fiches techniques (I. Le Bourgeois) ; « Bonnes pratiques après la révélation d’abus sexuels », avec quatre fiches et quatre annexes (B. Barthalon). Votées par l’Assemblée générale intermédiaire d’avril 2023, « Les préconisations et règles de bonnes pratiques » récapitulent les travaux de ces cinq groupes en 19 recommandations de première importance (sur les Constitutions, les chapitres, le conseil, la formation...) ; les 5 dernières s’adressent à la vie monastique, à tous, aux autorités ecclésiastiques, à la Corref elle-même ainsi qu’à son Conseil.
Après cette première salve de six documents, la Commission théologique de la Corref publie une étude fondamentale, commencée de longue date, « Pour un discernement des repères théologiques » : « nous avons identifié quatre lieux privilégiés à interroger, des notions, qui font partie du patrimoine chrétien et spécialement de la vie religieuse, mais peuvent être dévoyées » (p. 136). Il s’agit de faire la clarté sur le charisme, de réfléchir à ce qu’est un fondateur ou une fondation, de retrouver le sens et la justesse des notions traditionnelles de paternité et maternité spirituelles, de distinguer les traditions qui mènent à l’emprise et les saines traditions qui seront « des leviers de relèvement, personnels et institutionnels, suite à ces abus » (p. 167).
Pour finir, on trouve encore le « Vademecum des droits des religieux et religieuses » qui repère et nomme les droits fondamentaux de ces consacrés, sous l’angle de la vie communautaire, de la vie privée, des droits économiques et sociaux, des recours devant d’autres autorités [1].
Un ensemble incontournable, qui donne aussi des informations sur les « Centres de ressources pour les intervenants auprès d’auteurs de violences sexuelles ». On peut avoir ici et là quelques réserves sur les engagements promus, mais voici certainement les instituts invités à la proactivité (p. 106) dans tous les chantiers qui restent à travailler : la vie religieuse y est en fait appelée à un investissement sérieux (notamment dans la formation spirituelle, juridique, psychologique), à hauteur de son espérance.
CORREF, Paris, avril 2024
194 pages · 15,00 EUR