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Moi, Jean de la Croix

Roman

David Clair

C’est une biographie romancée sur l’homme Jean de la Croix – et non d’abord sur saint Jean de la Croix, on verra pourquoi ! – que l’A., né en 1969 à Saint-Quentin, diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris et titulaire d’un DEA d’Histoire de la Sorbonne, nous présente en son deuxième ouvrage. Fondé et articulé d’après les faits historiques réels, écrit d’une plume brillante et sobre, cet essai introduit le lecteur dans la subjectivité du personnage, dans ses doutes, ses questions, ses luttes, ses espérances, ses joies. Jean de la Croix (1542-1591), poète mystique de l’âge d’or espagnol n’a rien écrit sur lui-même. L’A. le fait parler ici à la première personne et entre ainsi dans sa psychologie, avec sensibilité et finesse.

13 décembre 1591. Jean de la Croix, réformateur et surtout formateur de l’Ordre du Carmel aux côtés de Thérèse d’Avila, a rejoint le couvent des carmes d’Ubeda, au cœur de l’Andalousie. Atteint d’une maladie qui gangrène sa jambe, puis son corps tout entier, il sent la mort toute proche. Dans son agonie, il se met à parler en dialogue avec Celui qu’il n’a cessé de chercher tout au long de son existence intense. « Apprendre un métier et l’exercer simplement aurait dû être ma vie. Au lieu de cela, j’ai fréquenté l’Université, je suis devenu prêtre et j’ai participé à l’aventure d’une réforme dont les développements que je vois aujourd’hui ne me plaisent pas, mais dont je suis convaincu qu’elle laissera une trace durable. Je fais confiance à celles et ceux que Thérèse a convaincus et qui poursuivront son œuvre » (p. 156). En décembre 1577, sa vie a été fracturée. À la fois cible et victime d’un conflit exacerbé entre les frères chaussés et les frères déchaussés, il est enfermé par ses propres frères, privé de tout durant neuf mois. Le cachot de Tolède divise la vie de Jean en deux parties : quatorze ans auparavant, il entrait au Carmel en 1563 et quatorze ans plus tard, il mourra au couvent d’Ubeda en 1591. Temps de gestation douloureuse en vue d’une nouvelle créature humaine et spirituelle qu’il jugera rétrospectivement comme un don de Dieu, immense et immérité. Guide spirituel et homme d’affaire, homme de silence et homme de dialogue, poète et écrivain, Jean de la Croix adresse à notre temps le même message qu’au siècle d’or espagnol : le primat de Dieu. Parallèlement il met aussi en relief la grandeur de l’homme.

Relevons la justesse descriptive de son appel (p. 30) – « j’ai suivi vers toi le chemin du désir et ce chemin a été une aventure unique » (p. 162) ; sa façon de traduire en images et en mots son expérience d’emprisonnement (p. 99-100) ; son chef d’œuvre du Cantique Spirituel dédié à Anne de Jésus (de Lobera) qui a repris le flambeau thérésien au-delà de l’Espagne, ainsi que La Vive Flamme d’Amour dédiée à Doña Ana del Mercado y Penalosa, veuve fortunée et laïque : « C’est ainsi que je nommai l’essence de l’essence. Quatre strophes, c’est peu. Mais tout y est contenu. L’univers, le destin, l’homme, l’amour, ma vie » (p. 141-142).

Un récit éloquent et passionnant qui dévoile à travers son humanité la sainteté de cet homme hors du commun qui a tant à nous dire aujourd’hui !

Éditions du Cerf, Paris, mai 2023

192 pages · 18,00 EUR

Dimensions : 13,5 x 21 cm

ISBN : 9782204156318

9782204156318

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