Jacques Descreux enseigne le Nouveau Testament à l’Université catholique de Lyon et s’intéresse depuis longtemps à l’Apocalypse de Jean, sur laquelle il a fait sa thèse (publiée sous le titre : L’ivresse des nations. Les figures du mal dans l’Apocalypse de Jean, Peeters, 2013). Le titre Ouvrir le livre scellé est une allusion au rouleau scellé que tient Dieu, assis sur son trône dans le ciel, au chapitre 5 de l’Apocalypse. En un sens, c’est toute l’Apocalypse qui est comme un livre scellé qui résiste à la compréhension du lecteur, s’il n’est pas suffisamment familier avec le genre littéraire du livre et la tradition biblique. Initialement publiées dans des revues ou des ouvrages collectifs, les douze études qui constituent cet ouvrage sont comme des sceaux dont la rupture permet de mieux comprendre le livre l’Apocalypse.
L’Apocalypse se présentant explicitement comme prophétie (Ap 1,3), la première étude analyse le pacte de lecture noué par l’introduction du livre et la façon par laquelle le récit induit qu’il transmet des paroles divines.
Partant de la lettre à l’Église de Sardes, et en particulier du verset 3,1 (« Tu as la renommée de vivre, mais tu es mort »), la deuxième étude regarde la manière dont l’Apocalypse veut modifier la renommée que les Églises d’Asie possédaient et la manière dont elle s’y prend pour y parvenir.
La troisième étude examine la temporalité des septénaires de l’Apocalypse. L’A. se positionne par rapport à la « récapitulation », hypothèse ancienne (déjà formulée par Victorin de Pettau au IIIe siècle) qui considère que l’Apocalypse présente parfois les mêmes événements (par exemple les fléaux des trompettes et des coupes) de points de vue différents.
La quatrième étude s’intéresse au temple céleste de l’Apocalypse, qui est un lieu important de la géographie symbolique du livre. Elle montre comment l’Apocalypse reprend un élément majeur de la foi juive en le réinterprétant selon une ligne christologique, ecclésiologique et même politique.
La cinquième étude regarde le personnage de l’Agneau, dont elle considère l’ambiguïté, puisqu’il associe la puissance à la vulnérabilité.
Vient ensuite une étude sur les quatre cavaliers (Ap 6,1-8) et les manières très différentes dont ils ont été interprétés au cours de l’histoire.
Puis l’A. s’intéresse aux différents types de mouvement de populations (invasions, exode, pèlerinage) hors de leur territoire que montre l’Apocalypse.
Suit une étude sur la chute du Dragon au chapitre 12 de l’Apocalypse, qui regarde comment le livre subvertit et prolonge deux récits mythiques traditionnels (le mythe grec de Léto et l’affrontement entre le serpent et la femme en Gn 3), afin de convaincre ses destinataires de rejeter tout compromis avec la société païenne.
Une neuvième étude analyse et compare le fondement et l’exercice du pouvoir, d’une part du Diable et des deux bêtes, d’autre part de Dieu et du Christ.
La dixième étude regarde quels sont les moyens littéraires que le chapitre 17 de l’Apocalypse utilise pour impliquer l’auditeur/lecteur dans une démystification de la puissance impériale romaine.
La onzième étude traite d’un problème délicat : celui de la violence dans l’Apocalypse. Cette violence est exercée par le Dragon, les bêtes et Babylone, mais comment interpréter la violence mise en œuvre par Dieu, le Christ ou les anges ?
Enfin, une douzième et dernière étude regarde les anges, omniprésents dans l’Apocalypse, et s’attache à mettre en lumière leur apparence et les fonctions qu’ils accomplissent dans le livre.
Chacune des études est entreprise avec compétence, rigueur et, en général, une très bonne connaissance de la littérature secondaire. Nous avons été particulièrement intéressés par les études sur le temple céleste, sur l’agneau, sur les types d’interprétation des quatre cavaliers et sur les anges (ce dernier thème étant encore peu étudié en ce qui concerne l’Apocalypse). Cet ouvrage apporte donc d’utiles contributions à la compréhension de l’Apocalypse.
À la fin du livre, le lecteur se dit toutefois qu’une place plus grande accordée à la théologie biblique eut été bienvenue. Pour prendre un exemple, si la onzième étude expose très bien les difficultés soulevées par la présence d’images violentes dans l’Apocalypse et les différentes manières dont elles ont été interprétées par les exégètes, la conclusion, réduite à une page, se contente de laisser le lecteur à sa responsabilité éthique dans son choix d’une interprétation. Il nous semble qu’une attention plus grande donnée, d’une part au langage symbolique, d’autre part au rapport de l’Apocalypse à l’Ancien Testament aurait permis d’aller plus loin.
L’ouvrage inclut une assez longue bibliographie et un index des sources anciennes utilisées.
Collection Le Monde de la Bible
Labor et Fides, Genève, juin 2025
344 pages · 24,00 EUR
Dimensions : 14 x 22,5 cm
ISBN : 9782830918793