Un beau pari d’éditeur : celui d’apporter des éléments de réflexion sur l’avenir de l’Église à partir de la parole de sept femmes, sept chrétiennes appuyant leurs constats et leur discernement sur leur compétence biblique, théologique, sociologique ou pastorale. Si Lucetta Scaraffia, historienne et journaliste – la seule non française –, ouvre l’ouvrage par un cri « d’angoisse » devant l’état actuel de l’Église et les questions irrésolues qu’elle porte, d’autres comme Isabelle de la Garanderie mettent en avant l’aspect positif des crises, « opportunité pour revenir à l’essentiel » (p. 114), en s’appuyant sur le sensus fidei. Certaines s’engagent sur le terrain où elles sont attendues, telles Véronique Margron, tentant de tirer les leçons de la crise des abus, ou Marie-Jo Thiel, plaidant pour une place nouvelle donnée aux femmes dans l’Église du fait de leur « capacitation » par leurs études ou leurs engagements. D’autres risquent une parole un peu plus décalée en interrogeant « une théologie drapée dans de hautes justifications spirituelles » (p. 64) qui oublie ou édulcore certaines fortes affirmations bibliques (Anne-Marie Pelletier), ou en montrant comment une dynamique nouvelle peut naître de l’écoute de la parole des personnes en situation de précarité (Laure Blanchon). Il revient à Anne Soupa de tirer les conséquences de ces analyses riches et nuancées, en s’appuyant sur deux notions : l’inclusion – en particulier celle des femmes qui restent dans l’Église « d’éternelles mineures » (p. 160), mais aussi celle de tous les baptisés – et l’inculturation qui suppose que l’Église « apprenne à écouter le monde où elle vit » (p. 164). Une traversée parfois rude mais roborative, qui laisse chaque lecteur s’interroger sur le travail de réforme à entreprendre courageusement dans l’Église, c’est-à-dire d’abord en lui-même.
Salvator, Paris, octobre 2023
180 pages · 18,00 EUR
Dimensions : 13 x 21 cm
ISBN : 9782706724152