Cet ouvrage rassemble les actes d’un colloque organisé par l’ISL (Institut supérieur de liturgie, de l’Institut catholique de Paris) en 2022 et présente donc des interventions d’auteurs, de genres et de portée bien différents. Il est rigoureusement organisé selon quatre étapes : se mettre à l’écoute des Écritures pour étudier la place de l’homme dans le cosmos, à partir de Gn 1, du Ps 8 et de l’Apocalypse ; inventorier les ressources de la liturgie, plus nombreuses à l’époque patristique et dans la liturgie orientale, pour penser le rapport au cosmos ; interroger les rites pour voir comment ils assument la création, en faisant appel tant à la théologie des sacrements qu’à des contributions plus ponctuelles sur le livre des bénédictions ou la vigile de Pentecôte ; enfin réfléchir à la place de la cosmologie en théologie à partir d’une relecture de l’histoire. Ces étapes sont encadrées d’un prologue qui donne à lire en particulier une intéressante étude sur le chaos (B. Cholvy), et d’un épilogue où tout est repris à la lumière de Laudato si’ (D. Greiner) et dans la perspective des approches contemporaines de la cosmologie (J.-M. Maldamé).
Parmi tant d’interventions intéressantes, on peut souligner la lecture originale de Gn 1 faite par A.-M. Pelletier, pour « déployer la réalité d’une triangulation féconde entre Dieu, l’homme et le cosmos » (p. 50), lecture qui critique le schéma chronologie le plus obvie – création, chute, rédemption – pour penser la Pâque comme un événement eschatologique transformant non seulement l’histoire mais aussi la création. Ou le rappel par Isaïa Gazzola de la façon dont les premières générations chrétiennes ont pensé la relation entre la vie liturgique et la création en s’appuyant sur une typologie baptismale faisant une large place la figure de Noé. Ou encore la réflexion historique de G. Drouin sur le bâtiment église envisagé comme Imago mundi, fondée sur la vision de Maxime le Confesseur d’une église fonctionnant comme « le chiffre d’un monde dont elle donne à voir la structure profonde » ou celle de Suger posant « une compréhension sacramentelle du lien entre l’Église et le cosmos » (p. 190), en contraste avec la perspective moderne qui perçoit davantage l’Église comme Domus Dei.
On le voit, ce thème complexe est abordé dans ses dimensions théologique, scripturaire, historique, artistique, sans craindre l’ambivalence, comme le souligne P. Prétot en conclusion : « La question est-elle celle du cosmos ou de la création, celle de la liturgie comme ressource pour une pensée de la sauvegarde de la création ou encore celle de la liturgie comme expérience d’un rapport construit avec le monde ? » (p. 284). C’est cette ambivalence même qui fait toute la richesse de la proposition ; chacun, selon ses centres propres d’intérêt, y trouvera des développements approfondis et des réflexions stimulantes.
Collection Lex orandi
Éditions du Cerf, Paris, juin 2024
304 pages · 24,00 EUR
Dimensions : 13 x 21 cm
ISBN : 9782204164535