Éclairer et accompagner des engagements toujours plus évangéliques dans toutes les formes de la vie consacrée
À l’appel de Tertio millenio adveniente, il nous faut sérieusement réfléchir à quoi cela nous engage. Et qui dit engagement de la charité suppose une réflexion sur les devoirs de justice tels que les signes des temps nous les tracent, parfois de manière dramatique. Une très belle contemplation ignacienne nous est proposée ici. Elle est admirablement actualisée et nous conduit au « colloque » ; il ne faut pas que la Parole de Dieu reste lettre morte dans notre histoire.
Une des questions largement rencontrées durant le Synode fut certainement celle qu’aborde cet article. La position prise par l’auteur, à la suite du P. I. Ellacuría, un des jésuites assassinés au Salvador, est de considérer la situation historique actuelle des pauvres et l’engagement auquel elle invite comme un “lieu” de renversement de nos points de vue sur la réalité. C’est là une option très radicale, aux conséquences théologiques et spirituelles profondes, car il y est peut-être proposé implicitement comme “un primat de l’agir sur l’être”. Ce point serait certes sujet à questionnement et nous ouvrons ici volontiers nos pages au dialogue ! Celui-ci sera nécessaire à l’orée de la 34e congrégation générale des jésuites. Mais l’enjeu dépasse de loin les orientations de la Compagnie. Les déclarations de quelques Pères synodaux en sont la preuve. Ce texte est la traduction, légèrement remaniée, de celui que l’auteur a donné, lors d’un symposium international : « Ignatian spirituality in Jesuit apostolate », Rome, 1er-7 avril 1991 et publié par le C.I.S., Rome, 1992.
Avec sobriété et gravité, ce cri dramatique sur la situation du Salvador, et, plus largement, de l’Amérique latine, trace en quelques lignes l’impossible bilan d’une agonie. Surtout, il réclame et amorce un dialogue réel entre l’affirmation des droits de l’homme, qui peut conduire au seul mieux-être des nantis, et la théologie de la libération, où l’option préférentielle pour les pauvres indique le principe premier de l’action sociale : « si le plus pauvre est respecté, tous le seront ». À défaut de ce « droit des pauvres », les droits de l’homme mèneront (comme le voyait aussi le Père J.Wrezinski) à l’anéantissement de ceux qui demandent seulement ce qui est nécessaire « pour que la vie puisse être la vie ». Conférence donnée à Banff, Alberta, Canada, le 9 décembre 1990.